Chapitre 3 français de la Renaissance (XVI siècle) 


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Chapitre 3 français de la Renaissance (XVI siècle)

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§2.1.1. Texte

 

Voici un exemple d’ancien français (XIII siècle), description d'une nuit à la belle étoile, tiré d’un roman de Renaud de Beaujeu, Le Bel Inconnu.

620 Vait s’ent li jors, vient li seris.

De la nuit ert grant masse alee.

Si ert ja la lune levée.

Li Descouneüs se dormoit

Sor l’erbe fresce, u il gisoit ;

625 Dalés lui gist la damoissele,

Deseur son braç gist la pucele :

Li uns dalés l’autre dormoit,

Li lousignols sor els cantoit.

Quant li chevaliers s’esvilla,

630 Sor la fresce herbe s’acota [...]

§2.1.2. ANALYSE DU TEXTE

§2.1.2.1. Orthographe

L'orthographe est beaucoup plus phonétique qu’idéographique : erbe pour herbe (lat. herba), fresce pour fraîche (le mot est d'origine germanique friska)où le s devant consonne, qui ne se prononce plus, note simplement une prononciation [e] du e qui précède, puisque l'orthographe du Moyen Age ne possède pas d'accent. La graphie els pour le français moderne eux est une graphie assez fréquente : els issu de illos s'etait prononcé d'abord [ews] mais, au XIII siècle, la diphtongue est réduite et le mot se prononce comme en français moderne : la graphie est donc archaïsante. mais elle sert à transcrire un son nouveau dans la langue, [ø] une voyelle antérieure labialisée que ne possédait pas le latin. Au XIII siècle, où il n'existe plus de l devant consonne, les digraphes al, el, ol étaient acceptables pour rendre les sons que transcrivent aujourd'hui au, eu, ou ; ces digraphes al, ol, el deviennent inutilisables quand on commence à réemprunter des mots comportant un l devant consonne, qui, le changement phonétique étant limité dans le temps, ne se vocalise pas (par exemple, calme date du XV s.).

Le manuscrit ne comporte pas d'accent : c'est une convention de l'édition de textes du Moyen Age que de rajouter des accents aigus à la finale, lorsque le mot pourrait aussi se lire avec un e muet : dalés évite une lecture dales ; en revanche, pour alee, levee, participes passés féminins, la séquence ee n'est jamais ambiguë, le premier e est toujours prononcé accentué. De la même façon, le tréma sur le u de Descouneüs est une convention d'éditeur pour indiquer une prononciation [deskonəys]. Le graphème u note le son [y] de lune et le son [u] de u (français moderne où), son que note aussi le digraphe ou dans lousignols. Le texte hésite entre la graphie ss et la graphie s, qui rendent tantôt le son [z] gisoit,damoissele, et tantôt le son [s] masse, lousignol.

On peut aussi noter que l'orthographe n'est pas fixée comme de nos jours : à quelques lignes de distance, les deux graphies erbe et herbe coexistent.

§2.1.2.2. Lexique

Quelques formes ont été refaites :

- -lousignol devenu rossignol,par dissimilation (ou par étymologie populaire roux+ signol où seul le premier élément est signifiant) ;

- - sor pour sur: la forme ancienne était soure ou sor (lat. super ou supra), mais il existait un adverbe sus de sens voisin : il y a eu contamination entre les deux mots.

Quelques mots ont changé de sens :

- - grand masse de signifiait beaucoup; on disait aussi plenté. Beaucoup est un mot plus tardif, le premier sens semble en avoir été « une grande partie coupée d’un tout », « une belle coupe » ;

- - gésir (gistn gisoit) signifiait être couché, repose ;son étymologie est le latin jacere. Le mot est resté en français moderne dans ci gît et dans un gisant (statue allongée sur une tombe) — les deux emplois ont trait à la mort. ce qui n’est pas le cas en ancien français ;

- - pucele signifiait jeune fille et damoissele, jeune fille noble. L'origine de pucele est inconnue, mais le mot latin puella, qui désignait la jeune fille, a certainement joué un rôle dans la formation de ce mot. C'est un terme neutre pour désigner la jeune fille, sans connotation particulière (Jeanne d'Arc, la pucele Orléans) ; les sens modernes, nettement péjoratifs, sont un exemple de la dévalorisation des dénominations de la jeune fille. Damoissele est formé sur dominicella, diminutif de domina, termes par lesquels on s’adresse à la maîtresse de maison et à ses filles.

 

§2.1.2.3. Morphologie

 

Les termes verbales sont souvent différentes du français moderne :

· l'impartait est en -oit (dormoit, gitoit, cantoit), l'orthographe en -ait ne s’imposera qu'au XVIII siècle, la prononciation est [we] ; l'impartait de être est ert (du latin erat), mais la torme estoit existait aussi (l'ancien français est une langue qui n'exclut pas la variation linguistique) ;

· au présent, la troisième personne de aller est vait ;

· gist est un passé simple, le présent serait git.

On peut aussi remarquer la forme des sujets masculins li jors,li Descouneüs, li uns, li lousignols , li chevaliers (les formes complément seraient le jor, le Descouneüs, l’un, le lousignol, le chevalier) , la lune, mot féminin, ne se décline pas.

§2.1.2.4. Syntaxe

Huit vers de ce texte sont une description (De la nuit ert [...] cantoit). On voit que, dans une description, le passé simple gist peut alterner avec l’imparfait (tous les autres verbes), ce qui serait impossible de nos jours. L’imparfait de description commence cependant à prédominer. Trois verbes encadrent cette description : le premier est au présent de narration, les deux derniers au passé simple.

L’ordre des mots est caractéristique de l’ancien français :

- - un complément ou un adverbe en tête entraîne l’inversion du sujet Dalés lui gist la damoissele et même sa non – expression Sor la fresce herbe s’acota; quand le verbe est à une forme composée, le sujet inversé est placé entre l’auxiliaire et le participe Si ert ja la lune levee;

- - le sujet en tête de la proposition peut être séparé du verbe par un complément : Li uns dalés l’autre dormoit, Li lousignols sor els cantoit; le complément peut aussi se trouver après le verbe Li Desconeüs se dormoit sor l’erbe fresce;

- - dans les subordonnées, l’ordre moderne est prédominant (subordonnant + sujet + verbe) : u il gisoit, Quant le chevaliers s’esvilla;

- - l’ordre verbe + sujet Vait s’en li jors, vient li seri n’est pas habituel, c’est un ordre marqué qui, ici, participe de la poésie du passage.

Ce roman est en vers : dans les débuts du français, les textes de fiction étaient toujours en vers; la prose fut une acquisition tardive (XIII siècle).

 

 

 

§3.1. RABELAIS (1494-1553)

 

Rabelais offre l’image d’un des hommes complets de la Renaissance à la culture encyclopédique. Issu de la moyenne bourgoisie, il a fait des études dans des domaines très variés : ecclésiastiques, médicales, linguistiques, juridiques et d’autres. Un des plus grands humanistes de l’époque, il sait rallier la théorie à la pratique : ecclésiastique, diplomate, Rabelais est aussi éditeur, médecin capable d’enseigner et de pratiquer son art, naturaliste. Et aussi il est un des plus grands écrivains de son époque.

Gargantua est le deuxième en date des romans de Rabelais, et la suite logique de Pantagruel dont il reprend les principaux thèmes. C’est là que ses id ées sur l’éducation, le gouvernement, la réligion, la guerre, la paix, la morale sont le plus complètement exposées.

En parlant de l’éducation, Rabelais raille les méthodes scolastiques, leur formalisme, la paresse d’esprit qu’elles entraînent. Il préconise le développement harmonieux de l’esprit et du corps, la participation active à la vie et romp avec l’ascétisme médiéval.

Une monarchie éclairée où le roi est lié au peuple par un contract est son idéal de gouvernement. C’est la raison et le bien du peuple qui donnent son sens au pouvoir royal, qui n’est plus de droit divin. Il voit un roi profondément cultivé, un type d’homme nouveau, apte et digne de reigner.

Sur la guerre il a également des idées progressives. Admettant les guerres défensives, il condamne les guerres féodales, et non seulement les guerres, mais aussi la façon de vivre des seigneurs coléreux et incapables de raisonner qui lancent leurs bandes de pillards dans des combats désordonnés et néfastes.

L’attitude réligieuse de Rabelais repose sur la grande confiance dans l’esprit humain qui n’a pas besoin d’intervention suprême pour mettre de l’ordre dans la vie ou la conscience des hommes. Il voit une société où les libertés des hommes s’accordent, où la réligion n’a pas besoin de se mêler à tout instant à la vie quotidienne.

Dans son oeuvre Rabelais cherche à reconcilier l’homme et le monde, à former un homme nouveau, cultivé et libre. Le mérite de Rabelais consiste non seulement en ce que ses romans ont des racines profondes dans son époque, mais en ce qu’il est un lutteur d’avant-garde, un précurseur qui a contribué au progrès de l’humanité en dénonçant en combattant les dogmes de la philosophie et de la réligion médiévales.

Quant à la langue de Rabelais, dans beaucoup d’oeuvres consacrées à ce problème on souligne la richesse de son vocabulaire, la com^léxité de sa phrase, le caractère populaire de sa langue. Avec la même facilité Rabelais traite les sujets les plus grands dans un style cicéronien et les sujets comiques dans un style populaire et familier.

 



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